Un mouvement sceptique au bord de la scission ? Un an après.

Difficulté : 3/5

Il y a un an, Jeremy Royaux, membre du podcast Scepticisme Scientifique, sortait un article au titre alarmant : https://comitepara.be/2021/01/12/un-mouvement-sceptique-au-bord-de-la-scission/

Derrière cette idée de « scission », il voulait mettre en avant des divergences internes dans les groupes qui revendiquent la zététique, la défense de l’esprit critique et la démarche scientifique. Pour lui, ces débats permettait de montrer de vrais points de divergence philosophique, parfois irréconciliables[1]En plus du billet et des liens qui s’y trouvent, je vous renvoie au complément que Jeremy à fait en vidéo dans le Podcast Scepticisme Scientifique : … Continue reading. Du temps a passé, et il est temps de dresser un bilan provisoire, tenter de résumer les choses pour ceux et celles qui suivent ça de loin, et de donner mon opinion (toute personnelle) des choses [2]Étant moi-même parti prenante de ses communautés, je ne prétends aucunement être neutre, et pour des raisons de clarté je ne prétendrai pas non plus être exhaustif de tout les … Continue reading. Précisons aussi que je parle surtout de la zone France-Belgique (ce qui exclus donc le monde des sceptiques du Québec que je connais peu).

Dans la première partie on verra comment délimiter la communauté zététique des origines, puis on verra autour de quoi les approches se sont récemment polarisées autour de différentes approches, et verra si on assiste bien à une scission ou non.

1/ La ou Les communautés sceptiques ?

Déjà, il faut savoir de quel ensemble on parle : est-ce une communauté, un réseau de plusieurs groupes ? Pour le savoir on va partir de 2 définitions de communauté :

  1. Ensemble de personnes vivant en collectivité OU formant une association d’ordre politique, économique ou culturel. [3]https://www.cnrtl.fr/definition/communaut%C3%A9
  2. Groupe de personnes vivant ensemble et partageant des intérêts, une culture ou un idéal communs. [4]Via « Petit glossaire en mouvement », VST – Vie sociale et traitements, vol. no 87, no. 3, 2005, pp. 41-79. Définition donnée par le Thésaurus de l’UNESCO … Continue reading

Bon, pour l’aspect « habiter ensemble » on peut s’en passer puisqu’on parle de communautés qui se regroupent maintenant en ligne, via différents canaux (chat de discussion, réseaux socio-numérique, etc). Avec ces 2 définitions, je vous invite à voir qu’il y a une notion d’objectifs en commun. Gardez ça en tête, ça sera important pour la suite.

Il semble admis que oui, il existe une communauté qui défend le scepticisme scientifique, et qu’elle s’est étoffé avec l’arrivée des chaînes youtube parlant de zététique. Mais de quoi parle t-on alors, autour de quoi ces gens se réunissaient, autour de quels objectifs ? Au départ regroupée autour de H. Broch et du paranormal, cette communauté se réunit pour comprendre comment on crée de la connaissance scientifique, comment elle explique des phénomènes paranormaux mieux que d’autres disciplines (religions, pseudo-sciences)… L’idée n’était pas de représenter tous les gens qui aiment la science ou s’en réclament mais, spécifiquement, de se servir du paranormal pour mieux comprendre la science et comment elle explique certain phénomène. Et sans dire spécifiquement « c’est une arme contre telle ou telle doctrine », il y avait souvent l’idée qu’on lutte contre une pseudo-science en mettant en avant la « vraie » science et ce qui l’entoure. Par exemple : expliquer qu’un traitement n’a pas d’effet démontré sur la santé, ça permet d’expliquer comment est-ce que les vrais traitements efficaces sont mis à l’épreuve.

Logo de l’observatoire zététique, le prototype de l’asso sceptique des 40 dernières années.

Ça a vraiment été cette défense de la science face au reste qui a aggloméré cette communauté zététique qu’on a connu ces 40 dernières années. Des gens qui se retrouvent dans l’idée que la science, ses méthodes et son contenu méritent d’être défendu. Même si certaine structures comme le comité Para existaient avant[5]L’Union Rationaliste est crée en 1930, et revendiquait alors une « épistémologie engagée », la science mise au service de pour un projet humaniste. À ce moment-là, ça voulait aussi … Continue reading, c’était l’objectif qui pouvait être suffisamment consensuel dans le contexte de l’époque. Le sociologue S. Laurens, dans sa sociologie des mouvements rationalistes, décrit ce choix de thématique comme « le compromis le plus acceptable pour tous les pôles de la galaxie rationaliste » [6]Sylvain Laurens, Militer pour la science, Les mouvements rationalistes en France (1930–2005), Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2019, p. 143. Dès l’origine, il y avait des courants différents, contradictoires, mais qui trouvaient un certain point d’équilibre dans le fait de ne pas trop parler directement de politique. Philosophiquement, ce mouvement se revendique de 2 courants philosophiques distincts : le scepticisme et le rationalisme [7]Principalement ces deux là en tout cas. Et je précise pour les pointilleux : le scepticisme au sens moderne et non au sens pyrrhonien, et le rationalisme critique et pas le rationalisme cartésien. Le premier mettant en avant la suspension du jugement sur les faits, l’autre mettant en avant le raisonnement et la critique pour approcher de la vérité. Bon évidement c’est très résumé mais pour creuser vous pouvez voir ma vidéo qui en parle et les sources associées.

De plus en plus de monde a été étiqueté « sceptique » ces dernières années, et c’est à se demander si les objectifs sont restés les mêmes. Cette nouvelle popularité est due à plusieurs facteurs : l’arrivée des chaînes youtube se revendiquant de la zététique ou du scepticisme, de la visibilité du complotisme et la remontée en puissance des dérives sectaires amenant des vidéos et articles de « débunkage », et la volonté d’avoir une parole plus scientifique dans le débat public (campagne #NoFakeMeds, #NoFakeScience, autour du glyphosate, etc). Il y a donc eu plus de créateurs… et surtout plus de public, qui peut être attiré par ses contenus pour plein de raisons différentes. On peut se réjouir de cette nouvelle popularité de ce pôle zététique, mais qui dit plus de monde, dit « plus de chance qu’il y ai des conflits internes ». Et sur les espaces de discussions (non, pas uniquement twitter) il y a eu plein de débats, parfois houleux entre des personnes identifiées à tort ou à raison comme sceptiques. Le fait que ces polémiques soient devenus si récurrentes fait se poser la question de si on assisterait pas à une scission, et si oui, quels sont les points de discordes ?

2/ La repolarisation et les clivages

Le but de la zététique (au départ) était d’utiliser le paranormal pour expliquer (entre autres) la méthodologie scientifique. Au fur et à mesure que la communauté grandissait, le thème s’est élargi à la science en général (méthodes et connaissances) et de moins en moins au paranormal, ce qui a créé une confusion et attiré beaucoup de profils différents. Déjà, plus d’objectifs ont été rajoutés (voir liste ci-dessus), tant et si bien que des objectifs concurrents ont fini par s’entrechoquer. On pourrait croire à une bataille d’ego, genre un débat pour savoir s’il faut lutter en priorité contre telle dérives sectaires plutôt que telle autre. Mais je pense au contraire que c’est une clarification des objectifs profonds des uns et des autres, et c’est loin d’être anodin : c’est ce qui fait ou pas communauté.

Aujourd’hui on assisterait donc à une repolarisation, autour 2 de pôles et un petit groupe, qui serait schématiquement :

  • Pôle « rationaliste », réunit autour de la recherche de « La bonne manière de penser », celle de la Raison Scientifique. Les rationalistes focalisent beaucoup sur la vraie connaissance, la recherche des erreurs de raisonnement individuels. Ils vont donc mettre en avant les sophistes et les biais cognitifs, surtout chez les « irrationnels » (conspi, religieux, etc). C’est une approche assez individualiste et dépolitisé.
  • Pôle « esprit critique »[8]J’ai pas trouvé de meilleur titre, mais je trouve que c’est la meilleure manière de décrire cette manière d’être ouvert·e à toutes les disciplines et à la remise en question. Pour … Continue reading qui veulent utiliser toutes les sciences (y compris les sciences humaines et sociales), pour développer des compétences et des dispositions sur ce qu’il y a lieu de croire ou de faire. Cette approche s’accompagne bien souvent d’une volonté d’émancipation collective, on y trouvera beaucoup de réflexions qui mêlent sciences, philosophie et politique.
  • Et en marge de ça, un groupuscule « zététique » : quelques personnes qui discutent de paranormal et se retrouvent pour monter des protocoles, mais comme c’était le cas auparavant ça représentera très peu de monde. Les vidéastes ayant commencé en parlant de paranormal sont aujourd’hui des vulgarisateurs situés dans un des 2 pôles et n’ont plus grand-chose à voir avec les zététiciens classiques. De plus, le sujet spécifique du paranormal ne fait plus autant vendre que par le passé.

Évidement c’est très simplifié, et c’est pour schématiser les pôles en présence, je ne prétends pas que c’est une analyse sociologique parfaitement objective. Mais grosso-modo, vous voyez bien que c’est deux manières différentes d’aborder la science, la pensée critique, ou la pensée en général d’ailleurs.

Pour prendre un exemple concret de la divergence d’approche : comment expliquer qu’on ne réfléchit pas tous pareil ? Les uns pensent que les gens « pensent mal », qu’il faut apprendre aux gens à « bien penser », à penser de manière rationnelle. Les autres pensent au contraire que tout le monde est rationnel, par définition, et qu’il faut juste comprendre les conditions différenciées dans lesquelles sont plongés les uns et les autres. [9]Comme dirait Chrismich : il a d’un côté les biais, de l’autre le bruit https://skeptikon.fr/w/b2e3dda1-53df-40a1-befb-f03731dce977

Autre problème : on se rend compte que certain concepts ont été mal ou peu définis. Le « curseur de vraisemblance » de Broch n’était qu’une version appauvrie du bayésianisme, la liste des sophismes était une version dépassée et caricaturale des fallacies, « rationalité » était un terme utilisé pour dire tout et son contraire, etc. Parfois, il y a eu des mises à jours des définitions [10]En l’occurrence, le bayésianisme a fini par être plutôt accepté, suite au lobbying de quelques chercheurs bienvenue. Mais je me dis « heureusement que c’était beaucoup de … Continue reading, parfois on a des définitions concurrentes qui sont adoptés par un bout de la communauté et pas par d’autre, c’est le cas pour le terme rationalité. Je me suis rendu compte de ce flou de définition il y a des années quand je me suis rendu compte que je définissais esprit critique de la même manière que scepticisme. Or dans la recherche scientifique, « faire preuve d’esprit critique » n’est pas du tout synonyme de « suspendre son jugement tant que la preuve fait défaut »[11]Pour ceux et celle que ça intéresse : Synthèse des recherches sur « comment la science définie l’esprit critique » … Continue reading. Ces définitions concurrentes sont (au moins en partie) le résultat d’un conflit idéologique entre les deux groupes, qui les rendent plus ou moins enclins à se remettre en question sur tel ou tel aspect de leur approche.

Autre exemple, le premier groupe rationaliste va considérer que défendre la science n’est pas politique, que ce n’est « que le réel », et l’autre groupe considérera que c’est non seulement une action politique, mais que c’est intrinsèquement une démarche militante. Et ses manières de voir son action n’est pas sas rappeler des conflits sur d’autres sujets, et on retrouve ainsi des clivages politiques assez classique. Les personnes situées dans le groupe rationaliste se trouveront plus situés à droite politiquement, les autres a gauche. D’un côté une droite qui s’ignore de droite en se pensant « dans le réel et le pragmatique », de l’autre dans une gauche qui s’affirme de gauche et qui sait que rien n’est neutre. C’est encore une fois une manière de voir volontairement grossière, mais que je trouve assez éclairante.

3/ Alors, scission ou pas scission ?

Jeremy R. avait mis un point interrogation à son titre d’article, parce qu’on ne peut pas savoir si on assiste à une réforme intellectuelle, à une purge, ou a une vraie scission. Et a mon sens, c’est bien une scission qui est en train de se produire, mais il faut préciser ce que j’entends par là. On a souvent tendance à mettre dans le même panier « sceptique » ceux qui défendent la science et qui ont un jour fait un débunkage, expliquer par a+b pourquoi une théorie était fausse. Effectivement, un débunkage peut participer aux objectifs cités précédemment, mais parfois non[12]Plusieurs personnalités associées à cette tendance du débunkage se sont même agacé pour publiquement dire qu’elles ne se considéraient pas comme zététicien·ne. Par exemple : … Continue reading. Histoire d’y voir plus clair, il faudrait essayer de ne pas mettre dans le monde dans le même panier et repartir des objectifs. C’est pas parce que quelques personnes se rassemblent ponctuellement sur quelques sujets que d’un coup c’est pertinent de les voir comme un bloc solidaire et cohérent.

Métaphore pour comprendre pourquoi « 2 communautés » n’est pas forcément synonyme de conflit.

Je parle de ça quand j’entends « scission du mouvement sceptique » : il y aura un jour 2 communautés distinctes, avec des objectifs nettement différents, et des collectifs identifiés comme étant d’une tradition plutôt que de l’autre. Il ne faut pas voir ça comme 2 groupes concurrents, parce qu’on aura plein de gens qui seront dans les deux communautés, mais elles seront, à présent, séparées. Si vous voulez un point de comparaison : est-ce que la communauté défendant le logiciel libre et la même qui défend la zététique ? Bah non, il y a deux histoires différentes, des asso différentes… et pourtant il y a plein de gens qui sont dans les deux communautés [13]Oui je pense en premier lieu à Skeptikon, voir la conférence de présentation. Je pense que dans les prochaines années ça sera plus clair pour tout le monde que tous ceux qui revendiquent « défendre la science » sont en fait des gens avec beaucoup d’objectifs différents.

Même si je déteste le conflit, je me rends bien compte qu’il fallait en passer par là, même si c’était difficile. Et après tout, dans « esprit critique »… eh bah il y a critique ! Je pensais que certain rationalistes était irrécupérable, et finalement ils changent juste très lentement d’avis. La classification que j’ai donnée permet autant de clarifier les objectifs de chacun que de donner une feuille de route à certain·e dans ce qui accompagne l’idée de « défendre la science ». Vous l’avez compris, j’ai quitté le premier groupe, je ne pense pas qu’il existe une bonne manière de penser au singulier, et je souhaite bon courage à ceux et celle qui espèrent la trouver. Dans le fond, cette clarification est peut être une bonne chose… elle permettra la coexistence de deux groupes distincts, qui ne se croisent que ponctuellement et qui poursuivent chacun leur itinéraire propre.

Je vous souhaite donc une bonne route à tous.

Compléments :

Une des prémisses de ce texte (qui n’est peut-être pas bonne, à vous de me dire) c’est mon constat que beaucoup de gens ont une image d’un bloc qui s’appelle « le mouvement sceptique », où on trouve en vrac zététicien, débunker, amoureux des sciences, etc. Donc contrairement à Jeremy qui disait qu’il ne pouvait y avoir scission parce qu’il n’y a jamais eu d’unité, je pense que si. Mais l’unité n’était que de façade, et les conflits viennent je pense de l’effondrement de cette façade, parce qu’on a mit dans le même sac des gens qui était trop différent.

Les conflits

C’est pas évident de trouver des bons résumés des conflits qui se déroulent sur twitter. Je peux vous renvoyer vers ce long fil autour d’une sombre histoire d’yeux lasers : https://twitter.com/DrBaratin/status/1431275496755638274

Un autre point de clivage, que je traiterais peut-être en vidéo un jour, c’est le côté « toutologue ». Ou dit autrement : est-ce que tu penses pouvoir être compétent dans tous les domaines ? On a beaucoup de rationalistes et de sceptiques (souvent débutants) qui pensent pouvoir se faire une opinion sur tous les sujets, tout vérifier par eux-mêmes, etc. Mais connaître quelques biais cognitifs et une liste de sophisme ne garantit qu’on comprend bien un sujet, qu’on peut reconnaître qui mérite d’être écouté ou non, etc. Les vidéos parlant de débunkage ou de « comment on vérifie une information », peuvent être bien faite individuellement, mais disent rarement « vous ne pouvez pas être experts de tout », posent la question d’a qui se fier, comment reconnaître les compétences dans un domaine qu’on connaît pas, etc… On finit par avoir l’impression que c’est facile, alors que l’idée d’éducation à l’esprit critique devrait faire comprendre que le « savoir coûte ».

Un argument qui revient souvent lors des débats entre sceptiques est « que les critiques donnent une mauvaise image au mouvement, qu’il faudrait mieux faire bloc autour de ce qui rassemble. Mais je trouve que c’est un argument simpliste qui va en plus à l’encontre même de l’idée d’esprit critique. au contraire c’est l’existence de critiques qui nous différencie des groupes sectaires aux idoles intouchables. Bien sûr il faut que la critique soit pertinente, intelligente et faite avec de l’éthique mais c’est un autre problème qu’une question d’image.

Autour de ma classification

Quand je distingue les deux groupes, je parle de démarche et d’objectifs. Évidement que les humains ne font jamais des choses qui sont à 100% cohérents avec des objectifs personnels qu’ils ont clairement en tête. Mais justement, certains débats viennent du fait que des créateurs ne se remettent pas assez en question. C’est pas que deux personnes n’avancent pas à la même vitesse qui créer des désaccords, c’est juste que leurs objectifs profonds ne sont pas les mêmes. Ou alors qu’ils revendiquent quelque chose sans l’appliquer (revendique se remettre en question, donner la parole aux experts, etc).

Il faudrait faire un article beaucoup plus long pour voir pourquoi on finit dans telle ou telle pôle. Mon hypothèse, c’est que la vision rationaliste est plus simple à appréhender et vulgariser. Dire « en quelques minutes tu vas apprendre une liste de sophisme et apprendre à distinguer les vrais ou le faux! », c’est plus sexy, plus consensuel que de développer plein de compétences et de dispositions, d’apprendre plein de disciplines différentes et changer sa vision du monde… Je pense que plein de gens commence par être des rationalistes avant de progressivement défendre l’esprit critique en général. À voir au cas par cas où s’arrête la réflexion sur la politique, les limites du concept de biais, etc.

La politisation d’une démarche politique ?

Est-ce l’esprit critique c’est forcément politique ? Est-ce qu’on doit se servir des outils du scepticisme dans le champ politique ? Voilà encore un point de clivage qui a été source de beaucoup de débats depuis les origines de la zététique.

Si vous vous demandez pourquoi est-ce que beaucoup de gens, y comprit moi, considèrent que l’esprit critique est incompatible avec l’extrême droite, je vous renvoie à cet article : Esprit critique, de droite ou de gauche ? Je ne suis plus trop d’accord avec la définition de gauche et droite que j’avais à l’époque, mais le fond est toujours le même : l’extrême droite mettra toujours la tradition et/ou une force supérieure au-dessus de la science et la raison. Si ça peut coller dans quelques cas à l’approche rationaliste, clairement c’est inconciliable avec l’approche « esprit critique ».

Quand les sujets traités ont de fortes implications politiques, il peut être tentant d’éviter les débats en ne prétendant ne parler que des faits, rester dans le domaine du neutre et du factuel [14]Dans ces cas-là, on tombe vite dans le scientisme https://tranxen.fr/5-idees-recues-sur-la-science-deo15-science/. Mais au bout d’un moment les enjeux politique finissent toujours par revenir, et ça on y peut rien. Personne ne veut « rendre les choses politique » par plaisir, il faut juste comprendre que là encore, ça renvoi à des objectifs et des visions du monde spécifiques. Le fait de ne jamais question l’existant est pas exemple une vision du monde particulière et politique.

J. Royaux l’a d’ailleurs dit lui-même, les débats internes, surtout sur des questions de politisation, ne sont pas en soi un problème :

Un autre argument que certaines personnes m’ont tenu c’est que cette politisation, les actions des militants de gauche, c’est quelque chose qui va « détruire le mouvement », que ce mouvement va redevenir quelque chose de marginal, parce que tout le monde va s’enfuir, être dégoûté par ces débats. Il n’y aura plus que des militants de gauche, des « militants extrémistes », et les autres vont s’enfuir ou quelques choses comme ça. […] Je peux comprendre l’argument d’un côté… en tout cas, je peux comprendre le vécu qui est derrière. Par contre la conclusion de l’argument, […] ça j’y crois pas une seconde : je pense que c’est une sorte de catastrophisme. Je pense que les gens qui disent ça, c’est leur vision du mouvement sceptique qui est en train de se décomposer, et c’est à ça qu’ils s’accrochent, c’est ça qui va disparaître, mais c’est pas le mouvement sceptique.

Jeremy Royaux, source

Du coup il vaut mieux assumer qu’on a tous une idéologie politique, que c’est pas grave, et que des fois on se sera pas d’accord sur tout et c’est pas grave. A l’inverse, il ne faut pas le comprendre comme un reproche qui dirait « arrêtons de parler des faits et ne parlons que d’idéologie », c’est pas le propos.

Il est simplement faux de dire que nous aurions un souci général avec les vulgarisateur·trice·s qui adopteraient, dans leur travail, une posture « sans étiquette politique » : par exemple nous n’avons jamais trouvé à redire au travail de Christophe Michel de la chaîne Hygiène Mentale sur ce plan.

Collectif de « sceptiques des sceptiques », source

Merci aux différentes personnes (J. Royaux, Vinteuil, Christophe Michel) qui ont nourri ma réflexion de part leur discussion, merci à Jeremy et Vinteuil pour leur relecture.

Réferences

Réferences
1 En plus du billet et des liens qui s’y trouvent, je vous renvoie au complément que Jeremy à fait en vidéo dans le Podcast Scepticisme Scientifique : https://www.youtube.com/watch?v=rXRXliWk5IE Si avoir lu tout ça n’est pas essentiel pour comprendre mon article, il faut au moins que vous ayez une vague idée de ce que raconte les chaînes et blog de la galaxie sceptique francophone.
2 Étant moi-même parti prenante de ses communautés, je ne prétends aucunement être neutre, et pour des raisons de clarté je ne prétendrai pas non plus être exhaustif de tout les arguments/positions de chacun
3 https://www.cnrtl.fr/definition/communaut%C3%A9
4 Via « Petit glossaire en mouvement », VST – Vie sociale et traitements, vol. no 87, no. 3, 2005, pp. 41-79. Définition donnée par le Thésaurus de l’UNESCO http://vocabularies.unesco.org/browser/fr/about
5 L’Union Rationaliste est crée en 1930, et revendiquait alors une « épistémologie engagée », la science mise au service de pour un projet humaniste. À ce moment-là, ça voulait aussi dire un projet communiste et athée. Après les années 70, la structure s’est progressivement concentrée sur la défense de la science face aux pseudo-sciences, et puisque la laïcité de l’État était acquise, elle n’a quasiment plus parlé politique à partir de là.
6 Sylvain Laurens, Militer pour la science, Les mouvements rationalistes en France (1930–2005), Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2019, p. 143
7 Principalement ces deux là en tout cas. Et je précise pour les pointilleux : le scepticisme au sens moderne et non au sens pyrrhonien, et le rationalisme critique et pas le rationalisme cartésien
8 J’ai pas trouvé de meilleur titre, mais je trouve que c’est la meilleure manière de décrire cette manière d’être ouvert·e à toutes les disciplines et à la remise en question. Pour en savoir plus, voir la conférence « Les sceptiques : experts de l’esprit critique ? » de Charlotte Barbier et Gabriel Pallarès : https://www.youtube.com/watch?v=jfMCq8bkWgQ
9 Comme dirait Chrismich : il a d’un côté les biais, de l’autre le bruit https://skeptikon.fr/w/b2e3dda1-53df-40a1-befb-f03731dce977
10 En l’occurrence, le bayésianisme a fini par être plutôt accepté, suite au lobbying de quelques chercheurs bienvenue. Mais je me dis « heureusement que c’était beaucoup de maths ». Quand ça concerne les sciences sociales, je dois dire qu’on fait souvent face à des murs, peut importe qu’on soit chercheur.
11 Pour ceux et celle que ça intéresse : Synthèse des recherches sur « comment la science définie l’esprit critique » https://echoslaiques.info/lumiere-et-ombre-le-rationalisme-a-lepreuve-de-lantisemitisme/
12 Plusieurs personnalités associées à cette tendance du débunkage se sont même agacé pour publiquement dire qu’elles ne se considéraient pas comme zététicien·ne. Par exemple : https://twitter.com/DeBunKerEtoiles/status/1430656557763776518
13 Oui je pense en premier lieu à Skeptikon, voir la conférence de présentation
14 Dans ces cas-là, on tombe vite dans le scientisme https://tranxen.fr/5-idees-recues-sur-la-science-deo15-science/

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